35 %. Ce chiffre s’est imposé dans l’esprit de tous les acheteurs comme une frontière infranchissable. Au-delà, c’est refus automatique. En deçà, c’est accord garanti.
La réalité est plus nuancée, et parfois plus favorable à certains profils.
D’où vient ce seuil de 35 % ?
Depuis janvier 2022, le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) a rendu contraignante la règle des 35 % de taux d’effort. Auparavant recommandation, elle est devenue une norme opposable aux établissements de crédit.
Concrètement : le total de vos charges de remboursement (crédit immobilier + autres crédits en cours) ne doit pas dépasser 35 % de vos revenus nets avant impôt. L’assurance emprunteur est incluse dans ce calcul, ce que beaucoup oublient.
Mais la même réglementation a prévu une soupape. Les banques peuvent légalement dépasser ce plafond sur 20 % de leur production trimestrielle de crédits immobiliers. Ce n’est pas une tolérance informelle : c’est un droit inscrit dans les textes.
Qui bénéficie concrètement des dérogations ?
La règle des 20 % n’est pas distribuée au hasard. Le HCSF impose que 30 % de cette enveloppe dérogatoire soit réservée aux primo-accédants. Autrement dit : si vous achetez pour la première fois votre résidence principale, vous êtes prioritaire pour bénéficier d’une dérogation.
Les autres profils qui y ont accès dans la pratique :
Les acquéreurs de résidence principale avec un reste à vivre confortable
Un couple qui gagne 7 000 € nets, qui passe à 37 % d’endettement mais conserve 4 500 € par mois pour vivre, c’est un profil que de nombreuses banques acceptent d’accompagner. Le reste à vivre est parfois un critère plus pertinent que le pourcentage brut.
Les investisseurs locatifs aux revenus nets solides
Lorsque le loyer perçu couvre largement la mensualité et que le patrimoine est déjà constitué, certains établissements acceptent un taux d’effort supérieur à 35 % en intégrant les recettes locatives différemment dans leur calcul (compensation ou pondération à 70 %).
Les profils patrimoniaux avec une épargne résiduelle importante
Posséder 80 000 € de liquidités après achat, c’est-à-dire après apport et frais, est un argument concret pour sortir du cadre standard. La banque prête moins « sur vos revenus » que « sur votre solidité globale« .
Ce que les banques regardent réellement au-delà du ratio
Un taux d’endettement à 36 ou 37 % n’est pas rédhibitoire si le reste du dossier est solide. Voici ce qui peut faire basculer la décision :
La stabilité professionnelle
Un cadre en CDI depuis 8 ans dans un grand groupe a plus de chances d’obtenir une dérogation qu’un salarié en CDI récent avec des antécédents de CDD enchaînés.
La qualité de l’épargne
Un emprunteur qui dépose 10 % d’apport mais démontre une capacité d’épargne mensuelle régulière pèse plus qu’un autre qui arrive avec 20 % d’apport sans avoir rien mis de côté depuis 3 ans.
Le profil du bien
Un achat dans une zone tendue à forte liquidité rassure la banque sur sa capacité à revendre le bien en cas de défaillance. Un bien atypique ou dans un secteur déprimé complique l’obtention d’une dérogation.
La durée du prêt
Allonger la durée de 20 à 25 ans réduit mécaniquement la mensualité et donc le taux d’effort. C’est souvent la solution la plus simple pour repasser sous les 35 % sans avoir à négocier d’exception.
Ce que la banque ne peut pas faire
La dérogation est une possibilité, pas une obligation. Aucun établissement n’est tenu d’utiliser son quota dérogatoire, et encore moins de vous l’accorder à vous plutôt qu’à un autre client.
En pratique, ce quota est souvent épuisé en début de trimestre, notamment en période de forte activité immobilière. Déposer un dossier en octobre versus en mars peut changer le résultat, même profil identique.
Le rôle du courtier dans les dossiers limites
C’est précisément pour les dossiers à la frontière que l’accompagnement d’un courtier fait la différence. Il sait quels établissements disposent encore d’enveloppe dérogatoire en cours de trimestre, comment présenter un dossier pour maximiser les chances, et parfois restructurer l’emprunt (durée, montant, co-emprunteur) pour repasser naturellement sous le seuil.
Un dossier refusé à 36 % dans une banque peut être accepté à 36 % dans une autre, simplement parce que le quota est disponible et que le dossier est bien présenté.

