Une maison des années 70 à rénover. Un appartement en zone rurale en perte de vitesse. Un logement classé F au diagnostic énergétique. Ces biens existent sur le marché, souvent à des prix attractifs. Et beaucoup d’acheteurs découvrent trop tard que leur banque ne les regarde pas du tout de la même façon qu’un bien standard.
Voici ce qui change concrètement dans votre crédit.
DPE F et G : la banque commence à dire non
Depuis que la réglementation sur la performance énergétique des logements se durcit, interdiction de louer les passoires thermiques dès 2025 pour les G, dès 2028 pour les F, les banques ont intégré ce risque dans leur analyse de dossier.
Ce n’est pas encore un motif de refus systématique pour une résidence principale. Mais plusieurs impacts sont bien réels :
L’expertise peut minorer la valeur
L’expert mandaté par la banque pour évaluer le bien peut appliquer une décote sur un logement énergivore, parfois 5 à 15 % sous le prix de vente. Si la banque finance un pourcentage de la valeur expertisée plutôt que du prix d’achat, votre apport effectif devra couvrir l’écart.
L’argument locatif disparaît
Si vous présentez votre achat comme un investissement avec perspective de revenus locatifs, un DPE F ou G est un signal rouge. Le bien sera progressivement inconstructible à la location, ce qui fragilise toute la logique financière du projet.
La durée de financement peut être réduite
Certains établissements limitent la durée du prêt sur des biens jugés à risque. Un prêt sur 20 ans au lieu de 25 ans, c’est une mensualité plus élevée, et parfois un taux d’effort qui bascule au-dessus du seuil admissible.
La localisation : le critère que personne ne vous annonce
La banque ne finance pas seulement votre capacité à rembourser. Elle finance aussi la garantie que représente le bien, autrement dit, sa capacité à être revendu au prix du prêt si vous cessez de le rembourser.
Un appartement dans une commune en déclin démographique, un bien dans une zone où les transactions sont rares et les délais de vente longs, c’est un actif qui rassure beaucoup moins l’établissement bancaire.
Ce que ça change en pratique :
- La banque peut refuser de financer à 100 % de la valeur expertisée et exiger un apport supérieur pour réduire son exposition.
- L’expert peut fixer une valeur inférieure au prix d’achat, surtout si les comparables de vente dans le secteur sont rares ou anciens.
- Certains établissements ont des zones géographiques exclues de leur politique de crédit, pas toujours annoncées clairement, mais bien présentes dans leurs critères internes.
Dans la région Hauts-de-France, cette réalité est particulièrement marquée sur certains bassins miniers ou zones périurbaines en restructuration. Un bien à 90 000 € dans un secteur où les biens similaires restent 18 mois sur le marché ne présente pas le même profil de risque qu’un bien à 90 000 € dans une commune dynamique.
Ce que cela implique pour votre plan de financement
Anticipez l’expertise
Si vous avez un doute sur la valeur que retiendra la banque, faites réaliser une estimation par un agent immobilier indépendant avant de déposer votre dossier. Savoir que la banque va probablement expertiser à 95 000 € un bien que vous achetez 105 000 € vous permet de dimensionner votre apport en conséquence, plutôt que de le découvrir au moment du refus.
Budgétez les travaux de rénovation énergétique
Présenter un dossier avec un bien DPE G et un devis de travaux permettant de passer en C ou D peut changer le regard de la banque. Certains établissements proposent des prêts rénovation associés, voire des conditions préférentielles pour les projets d’amélioration énergétique. MaPrimeRénov’ et l’éco-PTZ peuvent compléter le financement.
Choisissez votre banque stratégiquement
Toutes les banques n’ont pas les mêmes politiques sur ces sujets. Certaines établissements régionaux ont une meilleure connaissance du tissu local et acceptent de financer des biens que les réseaux nationaux refusent. Un courtier, qui connaît les critères de chaque partenaire bancaire, peut orienter votre dossier vers le bon interlocuteur.
Et l’assurance emprunteur dans tout ça ?
Le bien n’intervient pas directement dans le tarif de votre couverture décès-invalidité, c’est votre profil personnel qui prime. Mais si la banque réduit la durée ou le montant finançable en raison du bien, votre mensualité d’assurance sera mécaniquement recalculée sur une base différente.
Ce qu’il faut retenir
Un bien « limite » n’est pas un bien inachetable. Mais il exige une préparation du dossier plus fine, un apport souvent plus conséquent, et une sélection des établissements bancaires approchés. Aller en banque sans ces éléments avec un DPE G dans une zone peu liquide, c’est s’exposer à un refus, ou à des conditions bien moins favorables que ce que votre profil personnel mérite.

